« Le brouillard était si dense qu'elle ne distinguait rien alentour. Pourtant, elle courait. Essayant de Lui échapper, sachant pourtant qu'Il finirait bien par la rattraper. Elle sentait Son souffle se rapprocher, mais ne l'entendait pas courir. Comme s'Il... Volait? Elle voulut courir plus vite mais elle trébucha contre une branche et s'étala au milieu du chemin poussiéreux. Elle cria, se releva sans faire attention aux égratignures de ses mains. Il fallait qu'elle atteigne le château. Avant qu'Il. . .
Elle sentait presque Son souffle sur sa nuque, à présent. »
La brume se dissipa soudain, et je repoussai mes couvertures en hurlant d'une terreur pure, encore essouflée par cette course cauchemardesque. Cramponnée à mon rêve morbide, je dus faire un gigantesque effort pour distinguer les contours encores flous, et pourtant familiers, de la petite chambre de mon appartement. Je clignai des yeux, sentit quelques larmes rouler sur mes joues rougies par ma frayeur idiote... Idiote? Pas tant que ça finalement.
Je ne pensai qu'à Lui. A Son souffle heurté dansant sur ma nuque avec une légèreté incrédible.
Et à ce triste pressentiment qui me fait hurler chaque matin, depuis que ce cauchemar me poursuit.
Ce sentiment de ne plus rien contrôler. Ce sentiment de danger imminent, qui me donne envie de fuir sans même savoir où.
_ J'ai l'impression de devenir folle._Je fixai mon réveil-matin, presque agacée à présent.
08H04. Parfait. Je m'étirai et me levai prudemment, me demandant si mes pauvres jambes tremblotantes seraient capables de me soutenir. Apparemment oui. Soulagée de sentir le contact de ma vieille moquette grise sous mes pieds, je gagnai avec assurance la petite pièce miteuse qui me faisait office de salle de bains depuis que j'avais emménagé ici, il y a trois mois.
Décision que je regrettais presque maintenant, prise de terreur chaque matin, hurlant comme s'Il me poursuivait véritablement. La solitude me pesait ces temps-ci, mais pas question de l'avouer à ma mère. Elle se ferait aussitôt un malin plaisir de me rappeler à son bon souvenir.
" J'ai toujours raison, mon coeur! Je t'avais bien dit que tu regretterais de nous quitter, ton père et moi! "Je l'entendais déja. Et pas question de parler de ces cauchemars de toute façon.
_ Aucune envie qu'on me prenne pour une hystérique._Je soupirai, entrai sous la douche. L'eau tiède détendit aussitôt mes muscles et acheva de dissiper mon cauchemar. Je me lavai rapidement, frottai vigoureusement mes cheveux brun-roux trempés de sueur, puis sortai.
Je m'habillai légèrement ( Débardeur noir et short en jean, l'idéal pour l'été caniculaire qui s'annonçait ), nouai mes longs cheveux en une simple queue de cheval, et tachai de me recomposer un visage acceptable avec un peu de maquillage offert par mes parents au Noël dernier, me trouvant le teint verdâtre. Ce genre de couleur que personne n'aime avoir le matin mais qui persistait chez moi, jusqu'à en devenir une détestable habitude. Mais, même sous une couche de fond de teint, l'essentiel resta là: Mon reflet me renvoya l'image d'une jeune fille mal coiffée au teint bizarre et aux yeux noisettes étrangement emplis d'une inquiétude tenace.
Je finissai tout juste de manger mes céréales lorsque mon portable se mit à vibrer. Je grommelai, l'attrapai de ma main libre ( l'autre essayait désespéremment de fermer la porte récalcitrante de mon lave vaisselle. )
_ Allô?
_ Salut, c'est Fred. Aussitôt, le visage souriant et presque androgyne de mon petit ami aux cheveux blonds et aux yeux bleus envahit mes pensées, occultant toutes les autres. ( En l'occurence, mes cauchemars. )
_ Ah! Salut. Ca va? Comment ça se fait que tu sois déja levé? Tu es malade?, plaisantai-je tout en fulminant intérieurement contre la porte de ce - fichu- lave-vaisselle.
_ Très drôle.Je sûs à son ton qu'il ne devait pas être de très bonne humeur et ravalai aussitôt mes blagues. Je poussai un léger soupir de soulagement lorsque la porte du lave-vaisselle daigna enfin se fermer avec un couinement désagréablerment haut perché, le mit en marche et reportai mon attention sur la conversation.
_ Bon. Qu'est ce que tu veux, Fred?
_ Ca te dit d'aller à une fête, ce soir?
_ Hum...Je détestais les fêtes auxquelles Fred me trainait avant, et lui avait appris à me demander la permission avant de me faire la "
surprise ". Il avait fini par comprendre la leçon mais n'était apparemment pas enchanté de se résigner à devoir m'appeler au lieu de venir chez moi cinq minutes avant pour m'y emmener de force.
_ Je ne sais pas... Malinaï viendra?
_ Non. Tu sais bien qu'elle est partie avec son copain Je-ne-sais-où.
_ Ah oui...Le sourire et la joie exubérante de ma meilleure amie aux cheveux roux me manquait terriblement, et l'idée d'aller à une fête - Fait qui ne me plaisait déja pas - sans elle qui plus est, me répugnait. Je dus faire un effort pour retrouver le fil de mes pensées.
_ Je... Je ne crois pas que je vais venir, Fred. Désolée.Je ne tenais pas particulièrement à ce que mon petit ami se mette en colère, lui dont l'humeur n'était déja pas légère, mais je n'avais vraiment pas envie de passer ma nuit à le regarder boire des bières.
_ Allez, s'il te plaît May, fais un effort.
_ Désolée, mais je suis fatiguée en ce moment. Et je dois me trouver un boulot...
_ 'M'étonnerait que tu trouves un boulot à 9H00 du soir, bougonna mon chaleureux Fred.
_ Oui, bon. Mais je n'ai vraiment pas envie... Excuse-moi, Fredo.
_ Ouais, ouais. Tant pis.Un bip sonore m'annonca placidement que le Fredo en question venait de me raccrocher au nez.
[ Plus tard, à Berlin, 11H00 du Soir. ]
Il n'en pouvait plus, déja. Croyant pouvoir lutter contre ces pitoyables instincts, il était sorti ce soir-là encore. Au milieu de la foule. Au milieu de sa drogue. Le sang.
A présent, seul dans cette ruelle où il s'était convaincu d'aller malgré la ravissante et mortelle odeur , sa longue
agonie avait commencé. Encore cette cruelle envie qui le démangeait, qui rongeait son coeur et qui le faisait frissonner de dégout et de honte.
Un hurlement retentit dans la pénombre. Il porta la main à son cou et serra. Ne prêta aucune attention à la douleur, sa douleur. Il voulait tant que tout ça s'arrête. Il voulait tant retourner en arrière.
Ses genoux se collèrent au sol froid et humide d'un Berlin enneigé, lui arrachant un gémissement.
Un autre hurlement. Il ne se rendit même pas compte que c'était lui qui les poussait.
Il devait résister. Ce soir encore. Il le devait.
Mais déja, sa transformation commençait.
Il sentit ses incisives pousser, croissance morbide qui le pétrifia de terreur, comme chacune des nuits. Il colla sa main à sa bouche pour s'empêcher un nouveau hurlement, de peur et de douleur mélées. Il haletait, luttait de toutes ses forces contre Cette Triste Chose. Mais il était déja bien trop tard. Ses pas le portaient vers le bout de la ruelle, son pouls s'accélérait, ses machoires se contractaient.
Possédé. Il voulut faire demi-tour, mais son corps ne pouvait plus l'écouter, désormais.
Il huma l'air sans même s'en rendre compte. Il cherchait. Une odeur. Incomparable. Désirable au delà du possible. Drogue insensée qui repoussait toutes les limites qu'il s'était donné.
Du sang. Il lui fallait du sang.
Son ouïe désormais terriblement affinée entendit un marmonnement dans l'ombre d'un autre ruelle, qui était, celle-ci, légèrement plus petite que la précédente, plus sombre encore.
Ce qui lui convenait parfaitement.
Il s'avanca, de plus en plus rapidement, se déplaçant dans un silence total qui lui faisait presque croire que ses pieds ne heurtaient jamais le sol.
Une silhouette. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, il ne put empêcher un sourire morne et triomphant de s'emparer de ses lèvres fines.
Il avait trouvé une proie.
Avant même que la triste victime n'ait eu le temps de s'apercevoir qu'il était là, il se précipitait déja sur elle. Ses doigts indéniablement froids se ressérèrent sur le bras de son futur repas. Ses ongles s'enfoncèrent dans la chair avec une force qui déchira les vêtements, dénatura ses actes.
Son repas poussa un cri d'horreur et se retourna d'un geste vif, qui parut pourtant bien lent aux yeux vampiriquement bordeau du Buveur de Sang. Un cri d'effroi se perdit dans la ruelle.
Il dénuda la gorge, huma l'arôme éternellement savoureux.
Dans un dernier sursaut d'humanisme, il voulut lâcher celui qu'il tenait dans ses bras. Mais ses instincts vampiriques reprirent bientôt le dessus, repoussèrent son côté humain plus profondément encore.
Puis, ce fût l'Agonie, d'un côté comme de l'autre. La triste agonie de la victime, qui essayait de hurler mais qui ne pouvait émettre que le gargouillis macabre de quelqu'un qui est en train de mourir.
Et l'agonie du meurtrier. Beaucoup plus longue, beaucoup plus incompréhensible.
Mais tellement véridique.
Il méla le sang de la Victime sanglotante à ses propres larmes, puérilement atteint par le dégout profond que l'on éprouve lorsqu'on ne peut s'empêcher de renverser l'ordre établi. Bouleverser les règles.
Et le liquide aussi bordeau que la couleur des yeux qu'il avait chaque nuit coulait dans sa gorge, sans relâche. Si profondément horrifiant, c'était pourtant ce qu'il désirait, avait désiré et désirerait chaque soir.
Ce jeu puissant qu'est la Vie, si vite envolée comme la flamme d'une bougie. Un souffle, il n'en reste plus rien.
Lui, ce soir encore, se considérait comme le souffle traître qui achève la lumière de la bougie.
Il se prenait pour la Mort, et n'était pas loin de l'être.
Sa victime poussa un dernier gémissement avant de s'écrouler à terre. Lui se releva prestement, sécha ses larmes d'un geste rapide et essuya le sang qui coulait encore sur son menton. Sa langue parcourut sa peau avec avidité, jusqu'à ce qu'aucune goutte ne subsiste.
Encore une fois. Il était maintenant si dégouté de lui-même qu'il se demandait jusqu'à quand il aurait la force de continuer à osciller entre la Vie et la Mort.
Triste question.
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Premier chapitre enfin en ligne. =) Qu'en pensez vous? J'ai eu beaucoup de mal à faire le point de vue de May, et l'ai recommencé une bonne dizaine de fois, ne sachant pas si je devait prendre un point de vue omniscient ou non. J'ai finalement opté pour celui-ci, et suis assez contente.
La deuxième partie s'est faite en un temps record. Il est parfaitement normal que vous ne sachiez pas qui est le vampire en question. Je laisse planer le mystère encore quelques temps. =) Si vous avez des questions, ou si vous pensez savoir qui est le Vampire, dites-le sans hésiter. =D
Le prochain chapitre sera un peu moins gai encore. x) <= non pas que j'aime quand c'est triste, mais bon. Ne me prenez pas pour une sadique! xD